Du Goulag à la dissidence
Quel lien unit l'expérience des camps soviétiques au mouvement dissident et comment ce lien a-t-il façonné la manière dont les dissidentes et dissidents écrivaient sur eux-mêmes et sur leur engagement ? Ce colloque, en français et en anglais, explore les dimensions narratives et rhétoriques du témoignage dissident en relation avec la littérature du Goulag.
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From May 12th to May 13th
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09:30 - 18:30
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Colloque
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Centre d’études slaves.
Entrée libre.
Ces dernières années, la dissidence soviétique a fait l’objet de plusieurs travaux de recherche en Europe, en Amérique du Nord, ainsi que parmi les chercheurs et chercheuses dans les pays de l’ex-Union Soviétique dans leurs pays d’origine et en exil.
Ce colloque s’inscrit dans ce champ émergent et s'articule autour de deux grandes questions :
D’une part, la postérité du Goulag : dans quelle mesure l’expérience des camps staliniens et poststaliniens a marqué les générations de dissidents et comment cette filiation est construite dans leurs récits sur la défense des droits humains et l'identité dissidente ?
D’autre part, la forme narrative de ces récits : comment les mémoires des militants des droits humains et autres formes de témoignages des dissidents soviétiques ont-ils été élaborés ? Quels objectifs rhétoriques et stratégies narratives partageaient-ils avec les mémoires des camps et en quoi se distinguaient- ils?
Ces deux questions sont liées tant sur le plan pratique que formel : les textes dissidents soviétiques ont vu le jour, au moins en partie, en réponse aux témoignages sur le Goulag ainsi qu’aux nouvelles arrestations politiques réprimant, même après la mort de Staline, les délits d’opinion. À la fin de la période soviétique, les camps se sont révélés des espaces où se sont formés des réseaux dissidents, où des hommes et des femmes ont pu partager leurs idées, leurs valeurs et leurs stratégies.
Par ailleurs, la production et la diffusion clandestines de mémoires et autres documents sur les camps du Goulag ont contribué à créer des canaux informels de circulation et de contrebande, fournissant ainsi un modèle pour la diffusion de témoignages non censuré sur les vérités étouffées concernant divers aspects de la société à la fin de la période soviétique. En effet, les dissidents utilisaient les mêmes canaux informels, samizdats et tamizdats. L’impact de ces textes sur les lecteurs et lectrices était dû, à l'instar de la littérature sur les camps, tant à ce qu'ils révélaient qu’à la manière dont ils étaient écrits, d’où l’importance d’étudier leurs spécificités narratives et rhétoriques. Cependant, les témoignages dissidents ne portaient pas toujours sur les camps, leurs objectifs et leurs caractéristiques formelles différaient de ceux des survivantes et survivants, ils ne se positionnaient pas comme des victimes, mais comme des citoyennes et citoyens responsables qui exigeaient le respect de la loi soviétique.
Ainsi, quatre panels abordent l'empreinte du Goulag sur la subjectivité dissidente, les questions d'identité culturelle et nationale, la construction des figures dissidentes, ainsi que les prolongements du mouvement - de Natalia Gorbanevskaya à Alexeï Navalny. Les communications s'appuient sur des études de cas et prêtent attention aux questions de genre, d'identité nationale ou religieuse, de genre littéraire, ainsi qu'aux conditions matérielles de circulation en samizdat et tamizdat.
Programme
9:30 Welcome
10:00-12:00 Panel 1 : The Gulag and Dissidents
Chair : Natalia Kolyagina
- Luba Jurgenson, Université Sorbonne, “Dialogues Between Texts: Biographies of Dissidents and Testimonies of Gulag Survivors”
- Atinati Mamatsashvili, Ilia State University in Tbilisi, “The Gulag, human rights, and the tortured body among Georgian dissidents”
- Irina Sandomirskaja, Södertörn University, Discussant
12:00-13:00 Lunch
13:00-15:00 Panel 2 : Dissidence and Cultural Identity
Chair : Benjamin Nathans
- Eneken Laanes, Tallinn University, “Dissident selfhood and linguistic and cultural rights in late Soviet Estonian dissident texts”
- Radomyr Mokryk, Charles University of Prague, “Solidarity of the oppressed: The experience of Ukrainian dissidents in the Soviet camps”
- Stefani Hoffman, European University Institute, “Differing paths of Jewish dissidence”
16:00-18:30 Screening and Discussion :
- “To the Success of Our Hopeless Cause”,
discussion with the director Nicolas Miletitch
19:00-21:00 – Dinner
Projection du film documentaire "To the Success of Our Hopeless Cause"
16h à 18h
Dans les années 1970 et 1980, alors que Leonid Brejnev était au pouvoir et que le KGB régnait en maître, des hommes et des femmes se sont battus pour la liberté et les droits de l’homme en URSS. On les appelle les dissidents.
Ce sont des Russes, des Ukrainiens, des Juifs ou des Tatars de Crimée, des responsables de revues clandestines ou des membres de communautés religieuses. Ils paient généralement un lourd tribut pour leur engagement : des années dans des camps ou des séjours forcés dans des asiles psychiatriques. Brejnev et Staline sont réhabilités dans la Russie d’aujourd’hui, l’ère soviétique est volontiers glorifiée, et les dissidents sont ignorés. Ce film leur rend hommage et perpétue leur mémoire.
10:00-12:40 Panel 3: What Makes a Dissident?
Chair: Luba Jurgenson
Antanas Terleckas, ““I did not choose my path”: Why did Antanas Terleckas become a dissident?”
Philipp Lekmanov, University of Toronto, “Sergei Khodorovich and the making of dissident visibility”
Ann Komaromi, University of Toronto, “Leonid Pliushch: History’s Carnival and the Figure of the Dissident”
12:45-14:00 Lunch
14:00-15:40 Panel 4: Looking Back, Looking Beyond Soviet Dissidence
Chair: Ann Komaromi
Natalia Kolyagina, Sorbonne University, “Gorbanevskaya’s Polden’ (Noon) and the traditions of Russian modernist literature”
Olga Rosenblum, University of Potsdam, “A shared movement in different directions: The Red Square demonstration between immediate motivations and retrospective meanings”
Benjamin Nathans, University of Pennsylvania, “Alexei Navalny’s Patriotism and Russia’s Soviet Past”
16:00-18:30 Screening and Discussion:
“Madly in Dissent”,
discussion with the director Ksenia Sakharnova
19:00 – Cocktail reception
Projection du film "Madly in Dissent"
16h à 18h
Le face-à-face d’un homme avec un État totalitaire : le 25 août 1968, Viktor Fainberg participe à la légendaire manifestation de la Place Rouge contre l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie. Il subit la peine la plus lourde qui soit en URSS : la psychiatrie punitive. Plutôt que de sombrer dans le désespoir, il réussit à lancer une campagne internationale contre l’utilisation de la psychiatrie à des fins politiques depuis sa cellule de prison.
Organisation
- Luba Jurgenson, Sorbonne Université
- Natalia Kolyagina, Sorbonne Université
- Ann Komaromi, University of Toronto
- Philipp Lekmanov, University of Toronto
Intervenantes et intervenants
- Stefani Hoffman, European University Institute
- Luba Jurgenson, Sorbonne Université
- Natalia Kolyagina, Sorbonne Université
- Ann Komaromi, University of Toronto
- Eneken Laanes, Tallinn University
- Philipp Lekmanov, University of Toronto
- Atinati Mamatsashvili, Université d’État Ilia
- Nicolas Miletitch, réalisateur de To the Success of Our Hopeless Cause
- Radomyr Mokryk, Charles University of Prague
- Benjamin Nathans, Université de Pennsylvanie
- Olga Rosenblum, University of Potsdam
- Ksenia Sakharnova, réalisatrice de Madly in Dissent
- Irina Sandomirskaja, Södertörn University
- Antanas Terleckas
Partenaires de l'événement
Cet événement est organisé en collaboration avec le CNRS, EUR'Orbem et l'Université de Toronto.
Lieu de l'événement
Centre d’études slaves
9, rue Michelet 75006 Paris
Cultures et sociétés d'Europe orientale, balkanique et médiane (EUR’ORBEM)
L’unité mixte de recherche EUR’ORBEM (UMR 8224), sous la double tutelle de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université et du CNRS, se consacre aux cultures et sociétés d’Europe orientale, balkanique et médiane.
Elle se définit comme un centre de recherche fondamentale et d’information à diffusion large sur les cultures et expressions des pays d’Europe centrale, orientale et balkanique (histoire, histoire culturelle, littératures, arts et civilisations), et dans le champ des études aréales.