Entretiens de Musique Ancienne en Sorbonne 2026 - XXIIe édition : la musique et les arts du discours
Le thème de la musique et des arts du discours est l’objet des travaux de la vingt-deuxième édition des Entretiens de Musique Ancienne en Sorbonne (EMAS). Ces travaux visent à déterminer dans quelle mesure, du Moyen Âge à l’époque baroque, la musique s’est pensée, pratiquée et enseignée en dialogue avec la grammaire, la dialectique et la rhétorique.
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Du 15 Jun. 2026 au 16 Jun. 2026
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09:00 - 18:00
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Colloque
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Campus Clignancourt, amphithéâtre Gouhier.
Inscription obligatoire via ce lien.
Cette nouvelle édition des EMAS vise à explorer les liens des arts du discours et de la musique sur le temps long. Deux perspectives y sont investies :
- la comparaison dans l’élaboration théorique (par exemple entre syntaxe et structure musicale, ou entre signes de ponctuation et cadences)
- l’implication, dans les processus créatifs, à différents niveaux de profondeurs.
L’une et l’autre se croisent et s’enrichissent.
L’approche transversale suggère de croiser les approches théoriques, historiques et pratiques dans le but de comprendre le dialogue des arts du discours et de la musique, notamment la façon dont les idées et les figures musicales et discursives s’éclairent, se répondent et s’approfondissent mutuellement.
Dans les organisations du savoir de l’Antiquité et du Moyen Âge, la musique appartient au quadrivium, selon le groupement boécien des quatre sciences mathématiques (arithmétique, astronomie, géométrie et musique). Toutefois, elle ne peut être séparée du trivium, les trois arts du discours (dialectique, grammaire et rhétorique) qui structurent l’éducation médiévale. La pensée musicale médiévale s’inscrit dans ce double héritage mathématique et discursif. Au-delà, la voix représente les liens étroits entre la matière de la musique et celle de la langue. De la sorte, dans l’élaboration de la théorie musicale et de la grammaire, les idées circulent de l’une à l’autre, permettant de penser des concepts dans un champ en utilisant des images issues de l’autre champ.
Par ailleurs, dans la réception des théories antiques sur les effets de la musique sur l’âme et le corps, certains médiévaux cherchent à comprendre le mécanisme de l’affect. Ils approfondissent le sillon tracé par Aristote en étudiant la façon dont musique et poésie, deux arts mimétiques, se renforcent mutuellement pour frapper l’imagination et ravir les âmes, autrement dit pour persuader.
Les travaux des humanistes de la Renaissance les conduisent à réinvestir les liens entre la musique et l’ars dicendi. Les théoriciennes et théoriciens puisent abondamment à la source de l’antique rhétorique pour formuler leur discours sur la musique. En outre, l’idéal humaniste de l’éloquence façonne la rhétorique musicale de la Renaissance. La composition est pensée comme acte de persuasion : selon ce système de représentations, les figures musicales répondent aux figures de style, et la justesse de l’expression repose sur l’adéquation entre les affects du texte et les formules musicales. L’œuvre des madrigalistes italiens reflète l’expérimentation musicale inspirée par cette nouvelle conception esthétique : une musique conçue comme un discours éloquent, visant à mettre en branle les affects des auditeurs et auditrices. Cette veine sera profondément creusée par les compositeurs ultérieurs, à l’instar de la façon dont Monteverdi l’a explorée dans les premiers opéras.
Le XVIIe siècle marque l’aboutissement des réflexions renaissantes et donne lieu à une esthétique musicale façonnée par l’éloquence et les passions. Le champ musical est traversé par les préceptes rhétoriques, dont l’inventio, la dispositio et l’elocutio sont transposés dans la pratique de composition. Cette rhétorique musicale se trouve alors au fondement d’une conception renouvelée du rapport texte-musique. De plus, à cette époque, les travaux sur les mécanismes de la perception aboutissent à ceux sur les passions humaines. Leur écho est retentissant en musique, art dont le but explicite est d’exciter les passions. À cette fin, compositeurs, compositrices et théoriciennes et théoriciens se réapproprient une autre partie de la rhétorique, l’actio. Sur la scène, l’opéra réunit tous les arts et engage les acteurs-chanteurs et actrices-chanteuses autant que leurs spectateurs, en proie à des affects parfois exacerbés. La musique s’affirme alors comme un langage expressif entièrement conçu selon les règles de la persuasion.
Programme
9h30 : Accueil du public
9h45 : Introduction des journées
10h : Session 1 - Rhétorique musicale et pouvoir
- Anne-Zoé RILLON-MARNE, Enseignement de la grammaire et savoirs musicaux dans les écoles parisiennes de la première moitié du XIIIe siècle : le cas de Jean de Garlande
- Cécile DUBUIS, La musique dans les sermons du XIIIe siècle
- Matteo GIANNELLI, De la parole prêchée à la parole chantée : sermons et oratorio italien au XVIIe siècle
11h : Pause
11h30 : Atelier
- Mathieu Dupouy, CPE Bach et la littérature
12h30 : Pause
14h : Session 2 - Musique et rhétorique des affects
- Artin BASSIRI TABRIZI, La dispute baroque des affetti
- Delphine CLARINVAL, Ex diuinorum Eloquiorum ad Harmoniae modos exactorum contemplatione : la rhétorique cantorale du « beau chant » bérullien aux XVIIe et XVIIIe siècles
15h : Pause
15h30 : Session 3 - Rhétorique théorique et interprétation
- Ilonca LAURENT, Les régimes discursifs dans les traités théoriques (1722-1760) de Jean-Philippe Rameau et leurs influences sur la pratique musicale au XVIIIe siècle
- Nathanaël ESKENAZY, Laisser une impression singulière dans son âme » ou l’art d’improviser cadences et ornements dans le dramma per musica : l’exemple du rondò « Quanto è fiero il mio tormento » chanté par Luigi Marchesi dans Alessandro in Indie de Cherubini (1784)
- David CHRISTOFFEL, L’antiparastase ou l’art d’exprimer le contraire de ce qui est dit
17h : Atelier
- Thierry PETEAU, La rhétorique musicale et le chant
9h : Session 4 - Musique et poétique
- Gilles DULONG, Du texte au chant : transferts poétiques et musicaux à l’ars nova
- Cécile BEAUPAIN, Entre virtuosité formelle et extrême contrainte : la mise en musique d’une ballade à rimes reprises dans le manuscrit de Chypre (vers 1430)
- Pamela ZUCKER, La fonction rhétorique des cadences dans les chansonnettes de Jacques Mauduit, une comparaison avec Claude Le Jeune
10h30 : Pause
11h : Session 5 - Les mots de la musique
- Emmanuel EUSTACHE, Le vocabulaire musical dans le DMF
- Isabelle RAGNARD, Associer des syllabes et des notes : à l’écoute des interprètes du rondeau Triste plaisir d’Alain Chartier mis en musique par Binchois
12h : Concert des étudiantes et étudiants du Master d’interprétation des musiques anciennes
13h : Pause
14h30 : Session 6 - Musique et grammaire
- Anne WEDDIGEN, Des neuf Muses au sept arts libéraux : où est la musique ?
- Violaine ANGER, L’analyse grammaticale dans les traités enchiriadiques
- Alexandre CERVEUX, Les accents massorétiques : signes de grammaire et/ou de chant ?
16h : Pause
16h30 : Table ronde
Autour de l’ouvrage La musique baroque en France, Clefs pour une analyse historicisée. Avec les autrices :
- Marie DEMEILLIEZ
- Françoise DEPERSIN
- Raphaëlle LEGRAND
- Théodora PSYCHOYOU
Organisation
- Alexandre CERVEUX, Sorbonne Université
- Waël HINDO, Université de Strasbourg
- Léa RICARD, Sorbonne Université
Comité scientifique
- Violaine ANGER, Université Évry Paris-Saclay
- Guillaume BUNEL, Sorbonne Université
- Alexandre CERVEUX, Sorbonne Université
- Céline DREZE, Sorbonne Université
- Waël HINDO, Université de Strasbourg
- Théodora PSYCHOYOU, Sorbonne Université
- Isabelle RAGNARD, Sorbonne Université
- Léa RICARD, Sorbonne Université
Intervenantes et intervenants
- Violaine ANGER, Université Évry Paris-Saclay
- Artin BASSIRI TABRIZI, Université de Strasbourg
- Cécile BEAUPAIN, Institut de recherche en musicologie (IReMus)
- Alexandre CERVEUX, Sorbonne Université
- David CHRISTOFFEL, Institut de recherche en musicologie (IReMus)
- Delphine CLARINVAL, Université catholique de Louvain
- Marie DEMEILLIEZ, Université Grenoble Alpes
- Françoise DEPERSIN, Institut de recherche en musicologie (IReMus)
- Cécile DUBUIS, Sorbonne Université
- Gilles DULONG, ENS et Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris
- Mathieu DUPOUY, Conservatoire à rayonnement régional de Paris et Sorbonne Université
- Nathanaël ESKENAZY, Université Paul-Valéry
- Emmanuel EUSTACHE, Sorbonne Université
- Matteo GIANNELLI, Sorbonne Université
- Ilonca LAURENT, Sorbonne Université
- Raphaëlle LEGRAND, Institut de recherche en musicologie (IReMus)
- Thierry PETEAU
- Théodora PSYCHOYOU, Sorbonne Université
- Isabelle RAGNARD, Sorbonne Université
- Anne-Zoé RILLON-MARNE, Université Catholique de l’Ouest
- Anne WEDDIGEN, Orient et Méditerranée, textes - archéologie - histoire
- Pamela ZUCKER, Institut de recherche en musicologie (IReMus)
Partenaire de l'événement
Cet événement est organisé en collaboration avec l'Association de Musique Ancienne en Sorbonne (AMAS).
Lieu de l'événement
Campus Clignancourt
amphithéâtre Gouhier
2, rue Francis de Croisset 75018 Paris
2 rue Francis de Croisset 75018 Paris
Institut de recherche en musicologie (IReMus)
Le champ des études développé au sein de l’institut de recherche en musicologie (IReMus) recouvre une vaste chronologie allant du Moyen Âge à la musique électroacoustique, au jazz et aux musiques actuelles. IReMus aborde la plupart des sous-disciplines de la musicologie (musicologies historique et systématique, ethnomusicologie, étude de la culture populaire contemporaine, des institutions musicales, sociologie de la musique, psychologie cognitive, esthétique musicale, musicologie numérique) et assure une mission de valorisation du patrimoine musical conservé en France, mission liée à ses partenariats privilégiés avec la Bibliothèque nationale de France et le ministère de la Culture.