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Prestiges de la laideur. Peindre et penser la laideur de l’Antiquité au romantisme

Ce colloque retrace l’évolution de la notion de laideur, longtemps subordonnée au beau, et analyse sa progressive autonomisation en esthétique, des pensées antiques au romantisme, en art et en littérature.

  • Du 27 nov. 2025 au 28 nov. 2025

  • 09:00 - 18:00
  • Colloque
  • IPC Paris.

    Entrée libre.

La laideur a longtemps occupé une place marginale dans l’histoire de l’esthétique, qui préfère centrer son propos sur le beau, reléguant ainsi la question du laid dans des parenthèses et ne l’évoquant souvent que de manière incidente. 

Toutefois, dès avant le romantisme et la réflexion hugolienne sur le grotesque, qui entendent libérer la laideur de la tutelle de la beauté, philosophes et esthéticiens n’ont jamais occulté cette notion et en ont proposé, au cours des siècles, différentes définitions. 

C’est d’ailleurs en faisant fond sur cet héritage antique et médiéval que les théoriciennes et théoriciens de l’art italiens parviennent, aux XVIe et XVIIe siècles, à rendre compte de la « belle laideur » : d’abord sur le mode du paradoxe (une laideur peut être belle en dépit de sa laideur), puis, avec l’avènement de l’esthétique baroque, sur celui de l’oxymore (une laideur peut être perçue comme belle en vertu de sa laideur même), voire de la coïncidence des contraires dans le cadre de la théorisation de la laideur idéale et de la caricature.

Ce colloque entend revenir sur cette histoire de la conceptualisation et de la représentation de la laideur, en art et en littérature, de l’Antiquité au romantisme, époque qui voit une première « libération de cette catégorie » avant les avant-gardes des XIXe et XXe siècle.

Dans son essai Fascination de la laideur (1978), Murielle Gagnebin ouvrait son chapitre consacré à « l’histoire du laid » en faisant remarquer que « les traités d’esthétique abordent la philosophie de l’art par le biais exclusivement – ou presque ! – de la beauté ». On pourrait certes nuancer ce constat, quelque peu oublieux de l’Esthétique du laid de Karl Rosenkranz (1853) et des pages consacrées à la laideur par Theodor Adorno dans sa Théorie esthétique (1970). Il n’en reste pas moins que « le problème du laid semble […] ne pas faire problème » dès lors qu’on admet l’idée qu’on ne saurait penser la laideur autrement qu’ex oppositione à partir d’une théorie du beau qu’il suffirait de renverser.

Les pensées antique et médiévale ont en effet souvent opposé le laid au beau selon une série de dichotomies se déployant sur les plans :

  • ontologique (l’être vs. le non-être)
  • logique (le vrai vs. le faux)
  • moral (le bien vs. le mal)
  • formel (l’harmonie vs. la dysharmonie)
  • esthésique (le plaisant vs. le déplaisant)
  • anthropologique (l’identité vs. l’altérité).

Mais la figure platonicienne de Socrate-Silène ou le paradoxe de la représentation exposé dans la Poétique aristotélicienne montrent que l'Antiquité elle-même a su penser l’articulation paradoxale de ces deux notions a priori antithétiques.

À ce stade, le visage de la laideur a résolument changé : celle-ci se présente alors non plus comme le contraire de la beauté, mais comme son envers. L’alliage du beau et du laid ne relève plus de l’antithèse, ni du paradoxe, ni même de l’oxymore, mais d’une évidence qui voudrait que l’un et l’autre constituent les deux faces d’une même médaille.
Mais l’esthétique de l’ « automne de la Renaissance » et de l’époque baroque ne met pas un point final – loin s’en faut – à la réflexion autour de la laideur : elle ne la considère toujours pas comme une catégorie esthétique à part entière jouissant d’une réelle autonomie, pouvant être pensée indépendamment du beau. Pour assister à une première tentative de déliaison de ces deux notions, il faut en effet attendre le XVIIIe siècle, où la laideur commence partiellement à s’émanciper de la beauté à travers le rôle que Burke (et d’autres) lui font jouer dans le sublime.

Programme

L’introuvable frontière du beau et du laid

  • 9h30 : Claudine Sagaert, La laideur ou la germination d’autres possibles
  • 10h : Florence Bancaud, Des « sentiments mêlés » que suscite la laideur au XVIIIe siècle
  • 10h30 : Sabine Le Hir, Hector Berlioz et l’impossible définition d’un laid absolu : entre idéal artistique et réflexions esthétiques

La laideur, du principe de variété au refus de la norme

  • 11h30 : Foteini Thoma, Le laid dans l’esthétique du premier romantisme allemand
  • 12h : Vesna Elez, La modernité de la laideur : des Caprices de Goya aux « Tableaux parisiens » de Baudelaire

Physiologie du laid

  • 14h30 : Alice Lamy, La laideur de la vieille femme, les vestiges douloureux de la splendeur perdue et le coup d’arrêt du temps : une expérience de sagesse et de mémoire dans le Roman de la Rose de Jean de Meung et le De vetula de Jean Le Fèvre (XIIIe-XIVe siècles)
  • 15h : Lucile Drezet, Teint et physiognomonie dans la théorie de l’art de Giovanni Paolo Lomazzo

Esthésie du laid

  • 16h : Hugo Tullii, L’éventail sensoriel de l’abjection chez Eustache Deschamps : entre contre-beauté et laideur absolue
  • 16h30 : Susana Gállego, « Ed appestar dal puzzo tutto il vicinato ». De la beauté morbide des cadavres en sculpture
  • 17h : Frédéric Mazières, Figures de l’esthétique des perversions chez Sade, Bataille et des criminels pervers : de la colpophobie aux « beautés » nécrophiliques

Laideur et satire

  • 9h : Mawy Bouchard, Extraordinaire laideur de la femme écrivain (Marie de Gournay)
  • 9h30 : Effrosyni Fiotaki, The Ugly Icarus by Hendrick Goltzius: A pictorial representation of folly
  • 10h : Marine Bastide de Sousa, Le gnome libertin : investissement ironique d’une figure laide chez Jean-François de Bastide et Jean-Baptiste Boyer

Laideur et politique

  • 11h : Vanille Reintjes, « Such ugly monstrous shapes elswhere may no man reed ». Poétique d’une laideur féminine et politique dans The Faerie Queene d’Edmund Spenser
  • 11h30 : Roxanne Mamet, Construire la laideur : esthétique et hiérarchie raciale dans les peintures de castes de la Nouvelle-Espagne (XVIIIe siècle)

Théologie de la laideur

  • 14h : Jean-Marie Salamito, La laideur du Christ chez les Pères de l’Église
  • 14h30 : Anna Pia Filotico, Monstruosa difformitas dans la Divine Comédie

La transfiguration esthétique de la laideur

  • 15h30 : Paulo Butti de Lima, Les modernes à l’école de Plutarque : le laid, le douloureux et le pouvoir des images
  • 16h : Eva-Laura Bucher, La laideur en grisailles. Les tronies d’Adriaen van de Venne en défi au paragone
  • 16h30 : Giulia Mela, « Et je défie, Kant, ta philosophie ! » : relire la réflexion sur la laideur dans le discours littéraire français des années 1810-1860 à l’aune de la réception de la théorie esthétique de Kant

Programme détaillé à télécharger en bas de page.

Organisation

  • Olivier Chiquet, Université de Lorraine
  • Emmanuelle Hénin, Sorbonne Université

Intervenantes et intervenants

  • Florence Bancaud, Université Aix-Marseille
  • Marine Bastide de Sousa, Université de Lille
  • Mawy Bouchard, Université d’Ottawa
  • Eva-Laura Bucher, Université Paris 1
  • Paulo Butti de Lima, Université de Bari
  • Olivier Chiquet, Université de Lorraine
  • Lucile Drezet, ENS de Lyon
  • Vesna Elez, Université de Belgrade
  • Anna Pia Filotico, Sorbonne-Université
  • Effrosyni Fiotaki, Université d’Athènes
  • Susana Gállego, Musée des beaux-arts de Nancy
  • Emmanuelle Hénin, Sorbonne Université
  • Alice Lamy, Lycée Hélène Boucher
  • Sabine Le Hir, Université de Rouen, École Pratique des Hautes Études - Université PSL
  • Roxanne Mamet, Université de Lorraine
  • Frédéric Mazières, Université Sorbonne-Nouvelle
  • Giulia Mela, Université de Sienne
  • Vanille Reintjes, Université de Strasbourg
  • Claudine Sagaert, Université de Toulon
  • Jean-Marie Salamito, Sorbonne-Université
  • Foteini Thoma, Université Paul-Valéry Montpellier III
  • Hugo Tullii, Université de Neuchâtel

Partenaire de l'événement

Cet événement est organisé en collaboration avec le laboratoire Littérature, Imaginaires, Société (LIS) de l'Université de Lorraine.

Lieu de l'événement

IPC Paris

20, rue des Cordelières 75013 Paris

Centre de Recherche en Littérature Comparée (CRLC)

Le Centre de Recherche en Littérature Comparée (CRLC) réunit des chercheurs et chercheuses de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université et d’autres institutions (École normale supérieure, INSPÉ de Paris), représentant les différents aspects, théoriques, chronologiques et linguistiques de la littérature générale et comparée.