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Voltaire et les passions

L’enquête sur le traitement, par Voltaire, de la question des passions invite à effectuer une traversée de l’intégralité de son œuvre dont l’ampleur est sans doute intimidante.   

  • Du 18 Jun. 2026 au 19 Jun. 2026

  • 09:15 - 17:00
  • Colloque
  • Maison de la recherche, salle D040.

    Entrée libre.

Ce colloque propose d’explorer la place des passions dans l’œuvre et la pensée de Voltaire, en croisant approches philosophiques, historiques, politiques, littéraires et esthétiques. 

Il s’agit d’interroger les conceptions voltairiennes des passions à la lumière des héritages de Descartes et de Spinoza, ainsi que leurs rapports avec l’action, la raison et les affects. Les contributions examinent également le rôle des passions dans les discours polémiques, la réflexion sur le fanatisme et l’erreur judiciaire, l’écriture de l’histoire, les œuvres de fiction et le théâtre. 

Une attention particulière est portée aux enjeux dramatiques des passions et à la question de la catharsis dans l’œuvre voltairienne.

La question des passions chez Voltaire soulève d’abord un problème définitionnel et doit être inscrite dans un héritage philosophique qui invite à situer le discours voltairien par rapport aux penseurs du siècle précédent qu’il a lus et dont il a parfois annoté les textes dans les exemplaires conservés dans la bibliothèque de Ferney. C’est d’abord le cas de Descartes qui, dans son Traité des passions (1649), propose une typologie des passions (« primitives » vs « particulières ») et, dans le cadre d’une philosophie dualiste, appréhende les passions au niveau de l’interaction du corps et de l’âme. Mais c’est aussi le cas de Spinoza, qui, notamment dans l’Éthique (1677), développe une pensée moniste et esquisse une géométrie des passions au sein d’une théorie générale des affects.

En privilégiant l’examen de la tension entre passions et actions, il s’agit ainsi d’apprécier les propositions théoriques que formule Voltaire en particulier dans des textes « philosophiques », opuscules et ouvrages alphabétiques, propositions qui ouvrent encore sur une saisie de la dimension anthropologique de cette question.

On peut s’intéresser en outre à la manière dont les passions, en tant qu’elles entrent potentiellement en tension avec l’exercice d’une raison dépassionnée, sont invoquées dans l’ordre des discours. On songe par exemple aux textes polémiques qui tendent à réduire la portée du discours antagoniste au produit d’une logique passionnelle, dont le discours de Voltaire est à l’évidence lui-même loin d’être exempt. S’agissant des textes pamphlétaires, on peut alors s’interroger sur le statut de la haine comme argument voltairien mais aussi, dans les discours d’autres auteurs et autrices, comme élément caractérisant le registre polémique voltairien.

Mais il s’agit aussi d’explorer la manière dont, dans le cadre des affaires (Calas, Sirven, La Barre) dans lesquelles il s’est fortement impliqué, Voltaire mobilise la question des passions pour rendre compte des mécanismes conduisant à l’erreur judiciaire, à commencer par le phénomène de l’émotion des esprits corrélé à l’analyse du fanatisme en tant que manifestation d’une intolérance en acte.

On peut encore prêter attention aux arguments mettant en jeu les passions dans le discours historique de Voltaire, en tant qu’ils peuvent être érigés en principes explicatifs de chaînes de causalités, en particulier dans les grandes sommes historiques constituant un panorama trans-séculaire (l’Essai sur les mœurs, que prolongent Le Siècle de Louis XIV et le Précis du siècle de Louis XV), mais aussi dans les monographies consacrées à Charles XII, roi de Suède, et à Pierre-le-Grand, tsar de Russie. Dans quelle mesure les passions sont-elles considérées comme des moteurs de l’action politique ? On rejoint aussi par là le questionnement sur de possibles corrélations entre événements privés et publics.

Une troisième piste peut envisager la place et les fonctions des dynamiques passionnelles dans les œuvres de fiction. Comment les passions entrent-elles dans les ressorts d’une intrigue, au sein d’une épopée (La Henriade) ou de son envers parodique (La Pucelle), des « romans philosophiques » regroupés sous cette étiquette dans certaines des collections successives des œuvres publiées du vivant de Voltaire, des ouvrages dramatiques enfin.

S’agissant de ce dernier corpus, une attention spécifique peut être apportée aux fonctions dramatiques des passions. Outre l’examen de ressorts passionnels dans les intrigues des pièces, la réflexion conduit, au-delà de considérations fonctionnalistes, à une interrogation de nature esthétique, qu’il faut faire dialoguer avec les théorisations contemporaines de la finalité du théâtre (et notamment du drame), à commencer par celles formulées par Diderot à la fin des années 1750 et immédiatement contestées par Rousseau dans la Lettre à D’Alembert sur les spectacles (1758).

À plus large échelle, s’agissant de la tragédie, il s’agit de s’interroger sur la manière dont Voltaire se positionne, dans ses écrits théoriques mais peut-être d’abord dans sa conception dramatique et sa pratique dramaturgique, par rapport à l’héritage aristotélicien : y a-t-il, dans l’œuvre de Voltaire, une pensée singulière de la catharsis ?

Programme

SESSION 1

  • 14h : Diego Venturino, Les passions tristes du gai Voltaire. Rhétorique et usages de la haine au coeur des Lumières
  • 14h25 : Myrtille Méricam-Bourdet, Les passions moteurs de l’histoire ?

SESSION 2

  • 15h30 : Chama Elazouzi, Le fanatisme comme passion collective chez Voltaire : le Traité sur la tolérance face à l’erreur judiciaire
  • 15h55 : Younes Bel-Mkaddem, Voltaire et les passions à l’épreuve des affaires Calas, Sirven et La Barre : esquisse sur les mécanismes de l’injustice

SESSION 3

  • 9h30 : Zied Smat, Voltaire théoricien de l’affective regulation ? De la maîtrise des passions à l’intelligence émotionnelle au XVIIIe siècle
  • 9h55 : Marco Menin, Les larmes de Voltaire : le sentimentalisme en question entre Nanine (1749) et L’Écossaise (1760)

SESSION 4

  • 11h : Dario Maria Nicolosi, « Le théâtre est la peinture vivante des passions humaines » : reconfigurations théoriques et dramaturgiques chez Voltaire face à une notion en mutation
  • 11h25 : Justine Mangeant, Contre la catharsis : indignation tragique et dramaturgie politique dans le théâtre de Voltaire

SESSION 5

  • 14h : Pierre Saint-Amand, Passion(s) de Shakespeare : La Mort de César de Voltaire
  • 14h25 : Gabriel Federicci, Voltaire et les passions tragiques à travers les fables antiques

SESSION 6

  • 15h30 : Teodora Popa, La fabrique théâtrale des passions : co-création scénique de l’émotion tragique entre Voltaire et l’actrice Mlle Clairon (1750-1760)
  • 15h55 : Vincenzo De Santis, Une « déclamation notée ». Passions tragiques et jeu théâtral chez Voltaire

Programme détaillé à télécharger en bas de page.

Organisation

  • Renaud Bret-Vitoz, professeur, Sorbonne Université
  • Olivier Ferret, professeur, Université Lumière Lyon 2, Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités (IHRIM)
  • Gianni Iotti, professeur, Université de Pise 

Intervenantes et intervenants

  • Younes Bel-Mkadddem, doctorant, Université Dhar El Mehraz
  • Vincenzo De Santis, professeur, Université de Salerne
  • Chama Elazouzi, doctorante, Université Sidi Mohamed Ben Abdellah
  • Gabriel Federicci, doctorant, Sorbonne Université, Centre d’étude de la langue et des littératures françaises (CELLF)
  • Justine Mangeant, professeure, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Marco Menin, professeur, Université de Turin
  • Myrtille Méricam-Bourdet, professeure, Université Lumière Lyon 2, Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités (IHRIM)
  • Dario Maria Nicolosi, ingénieur de recherche, Sorbonne Université
  • Teodora Popa, doctorante, Sorbonne Université, Centre d’étude de la langue et des littératures françaises (CELLF)
  • Pierre Saint-Aman, professeur, Université de Yale
  • Debora Sicco, professeure, Université du Piémont Oriental
  • Diego Venturino, professeur, Université de Lorraine, site de Metz
  • Smat Zied, professeur, Université de Tunis El Manar, Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis (ISSHT)

Partenaires de l'événement

Cet événement est organisé en collaboration avec la Société des études voltairiennes, le CNRS, l'initiative "Europe" de Sorbonne Université, l'initiative "Théâtre" de Sorbonne Université et l'Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités (IHRIM).

Lieu de l'événement

Maison de la Recherche
salle D040

28, rue Serpente 75006 Paris

Sorbonne Université - Faculté des Lettres
Maison de la recherche
28 rue Serpente 75006 Paris
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Centre d'étude de la langue et des littératures françaises (CELLF)

Le Centre d’étude de la langue et des littératures françaises (CELLF) est une unité mixte de recherche de Sorbonne Université et du CNRS (UMR 8599). Il regroupe des recherches en histoire littéraire – qui ont fait son identité –, aussi bien qu’en critique et en théorie littéraire, dans le champ des littératures de langue française de la Renaissance à l’extrême contemporain.

Travaillant à renouveler l’épistémologie de l’histoire littéraire, le CELLF interroge les continuités trans-séculaires et les discontinuités mémorielles, ainsi que les réseaux et sociabilités littéraires qui les favorisent. Il encourage les investigations portant sur la généalogie des genres et des formes. Il accorde une place importante aux travaux d’édition scientifique.

Six axes programmatiques transversaux permettent en outre de faire émerger des recherches croisées sur des objets pluriséculaires et transdisciplinaires.