tableau de Louis-Michel Dumesnil représentant la reine Christine de Suède et d’Elisabeth de Bohême

Pôle : « Europe du XVIIe siècle »

Associant une cinquantaine d'enseignantes-chercheuses et d’enseignants-chercheurs de Sorbonne Université et un collège international de personnalités scientifiques, ce projet a pour ambition d’encourager une recherche novatrice sur cette période complexe et de devenir un pôle d’excellence reconnu, renouvelant les approches méthodologiques grâce à la mutualisation des expertises et aux collaborations internationales.

En favorisant des rencontres et des publications scientifiques de qualité, la formation de jeunes chercheurs et chercheuses et les collaborations internationales, le pôle entend contribuer au rayonnement de Sorbonne Université et à mieux faire connaître le XVIIe siècle.

(illustration : Pierre-Louis Dumesnil, Christine de Suède et sa cour (détail), Château de Versailles.)

Pôle : « Europe du XVIIe siècle »

Organigramme

Dan Arbib, UFR Philosophie
Delphine Denis, UFR Langue française
Xavier Le Person, UFR Histoire

Olivier Chaline, UFR Histoire
Christine Noille, UFR Littérature française et comparée
Maria Zerari, UFR Études ibériques et latino-américaines
Delphine Amstutz, UFR Littérature française et comparée
Line Cottegnies, UFR Études anglophones
Céline Drèze, UFR Musique et musicologie
Luc Bergmans, UFR Études néerlandaises
Danielle Brugière-Zeiss, UFR Études germaniques
Stéphane Miglierina, UFR Études italiennes 

Karine Abiven, UFR Langue française
Sandrine Aragon, Français langue étrangère, langue et culture françaises :
Anna Arzoumanov, UFR Langue française
Annamaria Azzarone, UFR Études italiennes
Laurène Bellanger, UFR Latin
Mathilde Bouilland, UFR Littérature française
Maxim Boyko, docteur en histoire (Centre Roland Mousnier)
Emmanuel Bury, UFR Littérature française et comparée
Vincent Carraud, UFR Philosophie
Constance Cagnat-Deboeuf, UFR Littérature française et comparée
Charlotte de Castelnau-L’Estoile, UFR Histoire
Lise Charles, UFR Langue française
Marie-Céline Daniel, UFR Études anglophone
Étienne Faisant, chercheur associé au Centre André Chastel, responsable du centre de recherche du musée du Grand Siècle
Damien Fortin, UFR Littérature française et comparée :
Alexandre Gady, UFR Histoire de l’art
Alice Hennetier, UFR Littérature française  et comparée:
Cécile Leduc, UFR Langue française
Bénédicte Louvat, UFR Littérature française et comparée :
Élise Legendre, UFR Langue française
Julien Muet, UFR Histoire
Béatrice Perez, UFR Études ibériques et latino-américaines
Anne Piejus, CNRS (musicologie)
Jean-Benois Poulle, UFR Histoire
Géraud Poumarede, UFR Histoire
Josselin Prouteau, UFR Littérature française et comparée
Théodora Psychoyou, UFR Musique et musicologie
Gauthier Puech, UFR Histoire
Laurence Renault, UFR Philosophie
Coraline Renaux, UFR Littérature française et comparée
Nicolas Richard, UFR Histoire
Yann Rodier, UFR Histoire  (PSUAD)
Tiphaine Rolland, UFR Littérature française et comparée
Élisabeth Rothmund, UFR Études germaniques
Marie-Françoise Saudraix-Vajda, UFR Histoire
Gilles Siouffi, UFR Langue française
Laurent Susini, UFR Langue française
Marie-Catherine Vignal Souleyreau, Centre Roland Mousnier

Membres extérieurs

Lourdes Amigp Vázquez, Universidad Complutense Madrid (histoire moderne)
Claudio Buccolini, Consiglio Nazionale della Ricerche, Iliesi (philosophie)
Tomas Knoz, Université Masaryk (histoire moderne)
Larry Norman, Université de Chicago (littérature française) 
Guy Rowlands, Université de St Andrews (histoire moderne)
Marta Teixeira Anacleto, Université de Coimbra (littérature française)

Recherche

Le XVIIe siècle européen est marqué par un processus complexe d’affirmation et de renforcement des États. Les conflits religieux et les guerres civiles meurtrières entraînent une remise en question de la religion comme fondement de l’unité politique au profit de nouvelles conceptions de la souveraineté, où la conservation de l’État devient primordiale.

Les souverains affirment leur pouvoir, célébré par les arts. Les puissances dynastiques dominent l’Europe, tandis que des républiques oligarchiques, telles que les Provinces-Unies ou Venise, font figure d’exception. Les administrations des États se développent, veillent à entretenir l’ordre et garantir l’obéissance. Le recours aux réseaux nobiliaires et à l’encadrement ecclésiastique persiste, en partie en raison des résistances que suscite cette affirmation des États.

La guerre joue un rôle de stabilisation et d’affirmation des intérêts dynastiques, entraînant une croissance des armées et une mondialisation des conflits aux lourdes conséquences sociétales. Face à des dépenses croissantes, les États européens cherchent à accroître leurs revenus par divers moyens fiscaux et financiers, en tentant de contrôler les dépenses et de promouvoir des politiques mercantilistes.

Parallèlement, le développement de la diplomatie, du « droit des gens » et les tentatives de règlement des conflits religieux esquissent un nouvel ordre, marquant un recul de l’influence pontificale. L’expansion européenne et la recherche d’alliances contribuent à la puissance des États.

Les sujets réagissent aux nouvelles exigences de l’État par des contestations et des révoltes. La vie politique est marquée par un usage croissant des imprimés, des gravures et des images critiquant ceux qui exercent le pouvoir. Cette affirmation politique des États est aussi traversée par des révoltes ou des révolutions d’ampleur qui ont contribué à faire évoluer l’exercice du pouvoir.

Le XVIIsiècle marque une étape décisive dans la naissance du sujet moderne, à l’intersection de bouleversements philosophiques, spirituels, esthétiques et politiques.

Sur le plan épistémologique, le sujet s’impose avec Locke et Newton, pour qui expérience et observation priment sur le raisonnement pur. Cette exigence s’oppose au rationalisme cartésien, tout en conservant l’ambition de fonder le vrai. Le cogito de Descartes, fondement métaphysique de la connaissance du monde, s’affirme en même temps qu’il suscite des critiques majeures qui en soulignent les limites ou la vanité. La sensibilité, nouvel attribut du sujet, se donne à voir dans les catégories esthétiques du « je ne sais quoi » ou de la grâce, révélant une subjectivité d’une finesse accrue.

Parallèlement, le renouveau spirituel favorise une intériorité nourrie de méditation, d’introspection et d’angoisse du salut : on a pu parler du « siècle de saint Augustin ». L’augustinisme y traverse les discours, notamment à travers la critique de l’amour-propre, qui fragilise la cohérence du moi. Cette crise morale se double d’une crise sociale : la « Querelle des femmes » oppose les discours sur la sujétion des femmes à l’émergence de figures féminines intellectuelles. L’honnêteté, norme d’un sujet idéal, est elle-même remise en cause, notamment dans les débats littéraires et moraux. Le sujet devient ainsi un espace traversé, instable, en tension entre idéal et soupçon.

Dans les arts, cette mutation se réalise dans la représentation des passions, dans l’émergence de la figure de l’écrivain et la promotion des catégories de la sensibilité esthétique. Le sujet constitue également une instance critique : sujet du roi, il est pris dans des rapports de domination, mais aussi capable de distance (La Fontaine), voire, dès le début du siècle, de désenchantement (le desengano espagnol).

Le XVIIe siècle est ainsi le théâtre d’une invention du sujet, individuel, spirituel, esthétique et politique, sans cesse affirmé, traversé, contesté.

Le XVIIe siècle européen, tout en s’appuyant sur l’héritage humaniste, opère une refondation profonde des savoirs qui s’élabore non sans résistances. La révolution scientifique initiée par Galilée, en astronomie comme en mécanique, conduit à la physique newtonienne, emblème durable de la science classique. Les fondements scolastiques d’inspiration aristotélicienne sont remis en cause par des penseurs comme Bacon, Descartes ou Gassendi. Le langage mathématique s’impose progressivement comme outil de connaissance du monde. Dans ce contexte, de nouvelles institutions savantes voient le jour, telles que la Royal Society ou l’Académie des sciences, contribuant à une circulation dynamique des idées à l’échelle européenne par le biais des correspondances, des voyages et des publications savantes. La République des Lettres, à laquelle Pierre Bayle donne une forme critique exemplaire, devient le cadre intellectuel de cette transformation.

Les arts connaissent également de profondes évolutions : les mouvements nommés a posteriori classicisme, baroque et naturalisme se développent selon les différentes aires culturelles, tandis que les formes littéraires se renouvellent en profondeur, notamment dans le domaine de la fiction. De nouvelles pratiques esthétiques émergent et connaissent, à l’instar de l’opéra, un développement européen fondé sur la circulation d’hommes et de femmes autant que d’œuvres musicales. Dans cet espace en pleine mutation, les femmes, bien que souvent exclues des institutions officielles, s’impliquent activement dans les débats culturels. À travers leurs œuvres littéraires, artistiques ou savantes, elles participent à l’élaboration de nouveaux goûts, à l’affirmation d’une sensibilité moderne et à l’émergence d’une pensée critique et morale.

Les querelles de la fin du siècle, tant sur le plan esthétique que philosophique, qui ont suscité l’hypothèse d’une « crise de conscience européenne » (P. Hazard), attestent que le XVIIe siècle, loin d’avoir été en Europe le moment serein d’un apogée « classique » tel que la France l’aurait connu, a surtout été une période dynamique où se sont élaborés les cadres de pensée du monde moderne, sans lesquels le temps des Lumières eût été impossible.

Contacts

Dan Arbib, UFR Philosophie
Delphine Denis, UFR Langue française
Xavier Le Person, UFR Histoire