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Une aide de 200€ est accessible aux étudiants ayant perdu un emploi/stage gratifié et justifiant d'une baisse de ressources due à la crise sanitaire,

elle concerne les étudiants en formation initiale (hors apprentis/alternants), boursiers ou non, sans condition de nationalité, toutes les informations sur le site etudiant.gouv.fr.

À vos côtés tout au long de vos études

Sorbonne Université soutient sa communauté étudiante tout au long de sa formation.

Au travers de ses nombreux dispositifs d'accompagnement, nous œuvrons à votre réussite et votre épanouissement personnel durant votre vie étudiante.

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C’est participer à la grande aventure de la connaissance, s’accomplir dans ses études et se préparer à créer le futur.

Le Chœur & Orchestre de Sorbonne Université

Le Chœur et Orchestre

Chaque année, le Cosu réunit plus d’une centaine de jeunes musiciennes et musiciens, enthousiastes et passionnés, autour d’un projet musical ambitieux qui poursuit nos missions éducatives et de transmission des savoirs.

Recherche et Innovation

Sorbonne Université promeut l'excellence au cœur de chacune de ses disciplines et développe de nombreux programmes interdisciplinaires à même de répondre aux grands enjeux du 21e siècle.

Recherche et Innovation

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Au quotidien, par leur engagement, ils font Sorbonne Université. 

Formations

Découvrez toute notre offre de formation

En Arts, langues, lettres, sciences humaines et sociales / Médecine et métiers de la santé / Sciences et Ingénierie

Choisir Sorbonne Université, c’est intégrer un établissement pluridisciplinaire de renommée mondiale, donner le meilleur de soi-même pour suivre une formation de haut niveau, et rejoindre une communauté de plus de 55 000 étudiantes et étudiants, et 360 000 alumni dans le monde entier.

Arts, langues, lettres, sciences humaines et sociales

La faculté des Lettres est l’une des plus complètes et des plus importantes, en France et dans le monde, dans le domaine des arts, langues, lettres, sciences humaines et sociales. Ses domaines de spécialité sont multiples : les lettres classiques et modernes, les langues, lettres et civilisations étrangères, la linguistique, la philosophie, la sociologie, l’histoire, la géographie, l’histoire de l’art et l’archéologie, la musicologie, les sciences de l’information et de la communication, les sciences de l’éducation et la formation des enseignantes et enseignants.

Médecine et métiers de la santé

La faculté de Médecine assure l’enseignement des 3 cycles d’études médicales : de la PACES (intégrée à la faculté) au 3e cycle incluant des DES, DESC, DU et DIU. Les enseignements sont dispensés principalement sur deux sites : Pitié-Salpêtrière et Saint-Antoine. La faculté dispense également des enseignements paramédicaux : l’orthophonie, la psychomotricité et l’orthoptie. Le site Saint-Antoine intègre une école de sage-femme.

Sciences et Ingénierie

Couvrant tous les champs de la connaissance en sciences et ingénierie, la faculté des Sciences et Ingénierie s’attache autant à soutenir la recherche au cœur des disciplines qu’à favoriser les approches pluridisciplinaires pour répondre aux grands enjeux du 21e siècle. L’excellence académique est portée par ses enseignants-chercheurs et chercheurs dont les travaux de recherche nourrissent la qualité des formations dispensées par la faculté.

Elle regroupe 10 membres couvrant toutes les disciplines des lettres, de la médecine, des sciences et ingénierie, de la technologie et du management. Cette diversité favorise une approche globale de l’enseignement et de la recherche, pour promouvoir en commun l'accès de tous au savoir.

Alliance 4EU+

L’Alliance 4eu+

Dans un monde qui change, Sorbonne Université s’est unie aux universités Charles de Prague, Heidelberg, Varsovie, Milan et Copenhague, pour créer l'Alliance 4eu+.

Avec un modèle novateur d’université européenne, 6 grandes universités de recherche intensive répondent ainsi aux défis qui s’imposent à l’Europe.

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  • Antiquité

Rome et ses renaissances : Art, Archéologie, Littérature, Philosophie

  • Équipe d'accueil

Orientations de recherche de l’équipe :

  1. étude des textes classiques et de leur réception au Moyen Âge et à la Renaissance
  2. étude diachronique des interactions entre ces quatre domaines : poésie, rhétorique, musique et philosophie
  3. analyse de la construction et de la diffusion des théories littéraires (poésie, rhétorique, historiographie) en langue latine, de leurs évolutions et de leur réception
  4. transmission et acculturation des théories rhétoriques et des doctrines philosophiques hellénistiques dans le monde romain et sa permanence au Moyen Âge et à la Renaissance.
  5. étude des techniques de l’architecture et des arts plastiques antiques et de leur réception dans leur dimension symbolique et idéologique, avec un accent particulier sur les liens avec la rhétorique et la philosophie
  6. Antiquités nationales, histoire du livre et de l’édition

Équipes

Membres relevant de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université

Professeurs
  • Hélène Casanova-Robin, Professeur de classe exceptionnelle, section CNU 8e, Professeur de langue et de littérature latines et néo-latines (poésie latine antique, sa réception et ses enjeux dans littérature latine des Humanistes) à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université
  • Alessandro Garcea, Professeur de 2e classe, section CNU 8e, Professeur de littérature latine et histoire des textes à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université
    Publications
  • Carlos Lévy, Professeur de classe exceptionnelle, section CNU 8e, Professeur émérite de langue et de littérature latines (rhétorique et philosophie romaines) à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université
  • Gilles Sauron, Professeur de classe exceptionnelle, section CNU 21e, Professeur d’histoire de l’art et d’archéologie romaine à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université
 
Maîtres de Conférences en langue et littérature latines à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université

 

Membres (première appartenance) relevant d’autres établissements

 

Membres appartenant au corps des professeurs docteurs de CPGE

  • Mathieu Jacotot (spécialiste d’histoire de la pensée latine à la fin de la République et au début du Principat)
  • Nicolas Lévi (spécialiste de littérature latine et de philosophie romaine)

 

Membres professeurs agrégés docteurs en poste dans l’enseignement secondaire

  • Alice Lamy (spécialiste de philosophie latine médiévale, héritage antique, scolastique)
  • Diane Demanche (spécialiste de littérature latine et de philosophie romaine)

 

Membres associés

De nombreux collègues, en France et à l’étranger sont associés aux travaux de notre Équipe. Nous ne donnons ici que la liste de ceux qui participent régulièrement à la vie de l’unité.

France
  • Laurence Boulègue (section CNU 8e, Université d’Amiens)
  • Carine Ferradou (section CNU 8e, Université d’Aix-Marseille)
  • Perrine Galand (section CNU 8e, EPHE, émérite)
  • Francis Goyet (section CNU 9e, Université Grenoble 3)
  • Pierre Laurens (section CNU 8e, Professeur émérite à l’Université Paris-Sorbonne)
  • Virginie Leroux (section CNU 8e, EPHE)
  • Susanna Longo (section CNU 14e, Université de Lyon III)
  • Raphaële Mouren (section CNU 22e, ENSSIB, Warburg Institute)
  • Hélène Vial (section CNU 8e, Université de Clermont-Ferrand)
  • Florence Vuilleumier Laurens (section CNU 9e, Université de Brest, émérite)
 
Étranger
  • Donatella Coppini (Université de Florence)
  • Giuliana Crevatin (Scuola Normale Superiore di Pisa)
  • Stefano Grazzini (Univ. Salerno)
  • Ermanno Malaspina (Université de Turin)
  • Marcos Martinho (Université de Sao Paulo)
  • Francisco Edi de Oliveira de Sousa (Univ. Fortaleza)
  • Aldo Setaioli (Université de Pérouse)

 

Doctorants actuellement inscrits

Sous la direction d’Hélène Casanova-Robin
  • Julie Houdenot (inscription 2017) : « Recte uiuere. Sagesse et poésie chez Virgile (Géorgiques) et Horace (Épîtres). Continuités et évolutions du modèle lucrétien »
  • Anne Lemerre-Louerat (inscription 2017, en co-direction avec A.-P. Pouey-Mounou) : « La poésie des météores de l’Humanisme latin à la Pléiade »
  • Agnese Bargagna (inscription 2016, en co-tutelle avec C. Micaelli, Université de Macerata) : « Ammien Marcellin et l’Humanisme : tradition et réception des Res Gestae, des manuscrits du XVe siècle aux premières éditions imprimées »
  • Nicolas Casellato (inscription 2016) : « Traduction et commentaire des Quattuor Libri Amorum siue quattuor latera Germaniae (1502) de Conrad Celtis »
  • Elsa Fleury (inscription 2014, en co-direction avec D. Arnould) : « De la maturité à la vieillesse. Études des représentations poétiques de la femme de la Grèce archaïque à la latinité impériale (quelques figures) »
  • Emmanuele Romanini (thèse en co-tutelle avec S. Fiaschi, Université de Macerata, soutenue en 2016) : « Édition et analyse du commentaire inédit de Francesco Piendibeni de Montepulciano au Bucolicum Carmen de Pétrarque »
  • Barbara Constant-Desportes (thèse inscrite en septembre 2010), en contrat doctoral à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université : « Autour de l’Angelinetum et des Carmina varia de Giovanni Marrasio : étude sur la poésie néo-latine du premier humanisme et sur le renouvellement du genre élégiaque »
  • Paule Desmoulière (thèse soutenue en janvier 2016), en co-direction avec V. Gély (littérature comparée) : « Anthologies funèbres, en Italie, en France et en Angleterre : 1590-1640 »
  • Marianne Moser (thèse inscrite en 2013) : « L’écriture des rerum primordia dans les Métamorphoses d’Ovide : un renouvellement de la représentation de l’origine ? Étude des enjeux esthétiques, symboliques et philosophiques d’un texte et de ses précédents dans la littérature antique »
  • Fabien Barrière, (thèse inscrite en mai 2012, en co-direction avec D. Denis) : « Le sourire de Thalie : formes et signification du rire dans l’univers pastoral de la Renaissance à l’âge baroque »
  • Sofia Tuttolomondo (thèse inscrite en mai 2012) : « La réception des tragiques grecs chez les Humanistes de langue latine du Quattrocento »
  • Éléonore Villalba (thèse inscrite en septembre 2011), contrat doctoral à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université : « La réception des Odes d’Horace dans l’Humanisme espagnol de langue latine »
 
Sous la direction de Gilles Sauron
  • Sarah Andrès (inscrite en 2015) : « L’hermès à portrait dans l’Occident romain : fonctions, contextes et significations »
  • Morgane Andrieu (thèse en co-direction avec Th. Luginbuhl, soutenue en 2015)
  • Caroline Autret (thèse soutenue en 2015)
  • Amélie Balcou (thèse inscrite en 2016)
  • Johanna Bénichou
  • Charlotte Chrétien (inscrite en 2013, en co-direction avec F. Ripoll, Université de Toulouse-Jean Jaurès) : « Les représentations du mythe de la découverte d’Achille sur l’île de Skyros de l’époque archaïque grecque jusqu’à l’Antiquité tardive »
  • Stéphanie Derwael (thèse en co-direction avec Th. Morard, soutenue en 2016)
  • Rachel Deyts (thèse soutenue en 2015)
  • Guillaume Divry
  • Filipe Ferreira (thèse inscrite en 2010)
  • Pauline Glasson (thèse soutenue en 2014)
  • Narimane Koubache
  • Mehmet Kürkçü : « L’urbanisme de Termessos et les aménagements hydrauliques » (thèse soutenue le 28 novembre 2014)
  • Caroline Leblond (thèse soutenue en 2014)
  • Aurélia Lupi-Rose (thèse inscrite en 2013)
  • Gebran Maamary
  • Eleonora Malizia (inscrite en 2013, en co-direction avec D. Palombi, Université de Rome - La Sapienza) : « Les villas impériales du Suburbium de Rome »
  • Alexia Maquinay (thèse inscrite en 2012)
  • Shirley Meistersheim
  • Florine Menec (thèse soutenue en 2015)
  • Lucas Michaelis (thèse soutenue en 2013)
  • Giorgio Rea (thèse inscrite en 2014)
  • Jacques Suaudeau : « Les colonnades d’étage dans les maisons de Pompéi, Herculanum et Oplontis. Chronologie, types et signification » (thèse soutenue en 2017)
  • Aurora Taiuti (thèse inscrite en 2014)
  • Valentina Torrisi (thèse inscrite en 2012, en co-direction avec L. Migliorati) : « La maison de Livie au Palatin »
  • Lola Trin
  • Benoît Vinot-Battistoni (thèse soutenue en 2016)
 
Sous la direction de Carlos Lévy
  • R. Blaise (thèse soutenue en 2015)
  • G. Castagnoli (thèse en co-tutelle avec le Pr. E. Spinelli, Roma-La Sapienza, soutenue en 2012)
  • R. Cytermann (inscr. nov. 2011)
  • S. Dalinval (inscr. nov. 2008)
  • D. Gonzalez Rendon (thèse soutenue en 2017)
  • M.J. Huh (thèse en co-tutelle avec le Pr. C. Steel, Leuven, soutenue en 2013)
  • M. Lucciano (thèse soutenue en 2013)
  • A. Iacoboni (inscr. nov. 2010)
  • A. Maruotti (thèse soutenue en 2016)
  • E. Meyer (oct. 2009)
  • J. Ollivier (thèse inscrite en 2013)
  • A. Paulson (inscr. nov. 2011)
  • M.-A. Saint Paul (inscr. nov. 2011)
  • I. Shvueli (thèse en co-tutelle avec le Pr. D. Schwartz, Tel Aviv, soutenue en 2014)
 
Sous la direction d’Alessandro Garcea
  • Alexis Santi, « La contestation populaire à Rome : étude socio-politique des uersus populares » (Faculté des Lettres de Sorbonne Université, en co-tutelle avec l’Université du Luxembourg, chaire d’études parlementaires, 2017-).
  • Andrea Bramanti, « Nuova edizione critica e commento delle Artes grammaticae di Plozio Sacerdote e dei Catholica Probi » (Université de Rome 3, dir. Mario De Nonno, en co-tutelle avec la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 2017-, contrat doctoral Rome 3).
  • Céline Durand, « Docere ridendo mores : la satire et la philosophie chez Sénèque » (Faculté des Lettres de Sorbonne Université, en co-direction avec l’Université de Bordeaux 3, co-dir. Valéry Laurand, 2017-, contrat doctoral ENS-Ulm).
  • Daniela Gallo, « Il Titulus quare dicitur ? : un commento all’Ars minor di Donato (Université de Cassino, dir. Paolo De Paolis, en co-tutelle avec la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 2017-, contrat doctoral Cassino).
  • Maria Vittoria Martino, « Tamquam hospites tui libri quasi domum nos deduxerunt. Isidore de Séville et l’héritage de Varron (Université de Lorraine, dir. Jacques Elfassi, en co-direction avec la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 1/10/2015-, contrat doctoral Metz).
  • Charline Meulien, « Brutus, homme de lettres : les écrits rhétoriques, philosophiques et épistolaires. Étude et édition commentée » (Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 1/09/2015-, contrat doctoral Faculté des Lettres de Sorbonne Université).
  • Janyce Desiderio, « La notion d’archaïsme chez les grammairiens latins. Avec une édition commentée de l’œuvre fragmentaire de Flavius Caper » (Faculté des Lettres de Sorbonne Université, en co-tutelle avec l’Université de Cassino, dir. Paolo De Paolis, 10/07/2014, financement programme VINCI 2015 - Université franco-italienne).
  • Nicolas Redoutey-Grosjean, Le matériel prépositionnel-préverbal en latin littéraire et non littéraire : constitution du système et étude diachronique » (Université de Lyon 2, dir. Isabelle Boehm, en co-direction avec la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 22/11/2011-, professeur dans le secondaire).
  • Marie Viallet, « La correspondance impériale (de Tibère à Domitien) - Textes, traductions et commentaire » (Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 10/11/2011-, professeur dans le secondaire).
  • Julie Damaggio, « Fragments des origines de la grammaire à Rome : édition, traduction et commentaire » (Université de Lyon 2, puis Faculté des Lettres de Sorbonne Université, 30/11/2010-, contrat doctoral, demi-ATER Lyon 2, professeur dans le secondaire).
 
Sous la direction d’Evrard Delbey
  • Julien Goubet (thèse inscrite en 2015)
 
Sous la direction de François Prost
  • Anida Hasic (inscrite en janvier 2013 à l’université de Padoue sous la direction de Mme M. G. Crepaldi, en cotutelle à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université depuis 2014, soutenue en 2016) : « Le concept de securitas dans la philosophie romaine entre République et Principat. Le prolongement de sa présence chez Sénèque »

Direction

  • Hélène Casanova-Robin

Direction adjointe

  • Gilles Sauron

LES ARTES DANS LA CITÉ
SAVOIR, POLITIQUE ET SOCIÉTÉ, DE L’ANTIQUITÉ À LA RENAISSANCE

La notion d’ars, dans la latinité antique, recouvre un champ sémantique riche et complexe comme l’ont montré diverses études. Nous entendons ars dans sa polysémie « Art, technique, théorie de l’art, champ du savoir, discipline », autant de sémantismes qui désignent de fait les modalités de la construction du champ de la science, au sens étymologique du terme et son aboutissement, dans ses usages éthiques et politiques. En effet, la fondation de la cité ne se conçoit pas sans ce rapport étroit instauré entre l’ars et le pouvoir, par le biais de la rhétorique, de la structuration des savoirs, de l’urbanisme et du développement des arts. À l’époque de Cicéron, les artes désignent une culture, le produit d’une éducation, constitutive de la formation intellectuelle de l’individu et condition nécessaire au développement de l’humanitas, donc étroitement liée à l’éthique autant qu’à la politique. Cette culture repose sur des connaissances rhétoriques et philosophiques que l’on appellera bientôt artes liberales, en vertu de la distinction entre la spécificité des savoirs qui sont dispensés, qui évolue dans le temps. À la fin de la République puis à l’âge augustéen, les traités d’ars – appelés eux-mêmes artes – se multiplient, parmi lesquels on compte l’ironique (?) Ars Amatoria d’Ovide, non dénué de références précises aux implications sémantiques de l’ars dans toutes ses acceptions. Progressivement est apparu ainsi à Rome un modèle aristocratique défini par l’acquisition de savoirs généraux et spécialisés, tous conçus comme les éléments fondamentaux de la dignitas, qu’il s’agisse de celle de l’homme singulier, du savant ou, plus largement, celle de la cité. La dignité suppose une représentation, la manifestation d’un decus, ou d’un decor, conditionné par l’ars. Les maîtres du pouvoir, à leur tour, entendent donc maîtriser ces artes longtemps détenues par les nobiles et en user pour exprimer leur idéal de grandeur : les artes ne peuvent ainsi être dissociées des vertus sociales et politiques que l’on souhaite exhiber et dont elles sont les médiatrices. Au service de la majesté du Prince, se déploient, par les arts décoratifs et urbanistiques, d’innombrables édifices publics et privés, traduisant dans la pierre et dans leurs motifs les conceptions philosophiques les plus savantes qu’ils entendent ainsi illustrer. Le monde est à façonner de manière à rendre compte de la place qu’y occupe le Prince, selon une conception amplement ravivée et débattue chez les Humanistes.

L’étude des artes dans la cité requiert ainsi que l’on s’intéresse à la définition puis à la structuration des savoirs dans leur évolution depuis la fin de la République romaine jusqu’à la Renaissance, à leur utilisation par les sphères du pouvoir dans les diverses productions aussi bien architecturales, décoratives que théoriques.

Depuis la parution du livre d’Elisabeth Gavoille, Ars, étude sémantique et historique du mot latin (1997), plusieurs colloques et séminaires ont eu lieu sur ce thème. Nous pensons cependant que l’espace existe encore pour une recherche originale et rigoureuse, envisagée sous un angle pluriel. En effet, dans leur immense majorité ces études ont porté sur des secteurs bien définis de la tradition des artes. Il reste donc à définir à la fois les relations entre ces secteurs, dans une approche systémique et l’évolution de ces relations, dans une perspective diachronique. Grâce à la diversité et à la complémentarité des champs disciplinaires couverts par les membres de l’équipe, pourront être étudiés, dans leurs corrélations : l’ars dans sa dimension théorique et pratique dans la rhétorique, la poétique, l’architecture, la peinture mais aussi dans les textes dits « techniques », dont il conviendra d’évaluer la spécificité au sein des productions littéraires. C’est donc une première approche définitionnelle qui sera conduite et examinée dans la diachronie, puisque, comme on le sait, la codification des artes liberales à la fin de l’antiquité puis au Moyen Âge apporte des modifications considérables et aboutit à une révision importante de la hiérarchie des savoirs à la Renaissance. Mais, plus encore, seront étudiées les artes dans leur fonction politique nourrie par la pensée philosophique, à travers les programmes décoratifs construits à partir des textes et exhibés dans les monuments, les demeures et les œuvres d’art figuratif ou poétique.

On sait aussi que les savants de l’époque hellénistique et romaine étaient parvenus à niveau scientifique et technique très élevé. Mais il convient d’ajouter que c’est également à cette époque que s’élabora une critique systématique de ce type de connaissance. L’œuvre de Sextus Empiricus contient un grand nombre de traités (Contre les musiciens, Contre les géomètres, Contre les rhéteurs, Contre les physiciens, pour ne citer que quelques titres) qui témoignent du soin apporté par les sceptiques à la démolition de l’édifice des artes. Aux artistes ils reprochaient non pas les améliorations qu’ils apportaient à la vie, mais leur prétention à s’affirmer détenteurs d’une science constituée. C’est donc ce hiatus entre une pratique acceptée, au moins implicitement, et une théorisation considérée comme dogmatique qu’il conviendra d’explorer.

Plusieurs voies d’étude ont été fixées :

  1. La transmission de l’érudition vers la voie de la spécialisation des savoirs : le patrimoine culturel de l’élite républicaine ; les traces du savoir dans la production, la lecture et l’explication des textes littéraires ; l’émergence des savoirs spécialisés et de la figure de l’expert.
  2. Les relations entre artes et pouvoir, grâce à la synergie établie entre les spécialistes d’histoire de l’art, de la rhétorique et de la poétique antique : l’étude sera centrée sur l’utilisation des artes comme langage politique et source de réflexion philosophique.
  3. Certaines études seront plus spécifiques, néanmoins conduites dans la diachronie : le nu (E. Séris) dans la littérature et les arts de l’Antiquité à la Renaissance, les programmes décoratifs des demeures privées à l’époque impériale (E. Malizia, V. Torrisi)
  4. L’analyse de la dignité des artes au Moyen Âge et à la Renaissance permettra de faire apparaître l’évolution de la hiérarchie des arts libéraux durant cette période et la révision du système des savoirs. Sera prise en compte le corollaire de cette question : la critique des artes, héritage d’une longue tradition.
  5. L’étude de la constitution des savoirs procède de l’analyse de l’interprétation et de l’imitation des textes antiques à la fin de l’Antiquité et chez les Humanistes ; un intérêt particulier est accordée à ces productions en langue latine (étude des commentaires des textes antiques considérés comme des auctoritates et des corpus nouveaux qui apparaissent, composés à l’imitation des Anciens)
  6. L’exploration du statut de la philosophie au sein des artes tendra à souligner la dimension éminemment pratique de la philosophie à Rome au point qu’on a pu y lire une véritable ars uitae.

Ces travaux seront conduits au sein de l’équipe, prenant la forme de colloques, de séminaires et de journées d’étude en collaboration avec nos partenaires étrangers (au Warburg Institute, à Würzburg, Naples, Lecce, Salerne, Florence, Sao Paulo, Rio de Janeiro) ; ils bénéficieront aussi de partenariats déjà engagés par plusieurs membres de notre équipe.

Plusieurs événements sont ainsi programmés :

  • Un colloque « Représenter le nu de l’Antiquité à la Renaissance » (dir. E. Séris) : 22-24 novembre 2018 Sorbonne Université.
  • Un colloque « Microcosme et macrocosme : l’évolution des résidences impériales et les transformations urbanistiques d’Auguste à Commode » (doctorantes E. Malizia et V. Torrisi) organisé à l’automne 2018.
  • L’ars et l’éternité du prince : langages et formes de la maiestas princière dans l’Antiquité et à la Renaissance fera l’objet d’une autre manifestation, en 2020, sous la forme d’une rencontre internationale (H. Casanova-Robin, E. Rosso, F. Prost).
  • Un colloque sur les « figures de la maiestas » sera organisé en 2021 par les porteurs de cet axe, examinant de près la sculpture et le portrait, à travers l’art et la littérature dans l’Antiquité et chez les Humanistes.

 

Projets en cours, partenariats et collaborations :

PHILAT, sélectionné par le jury de Sorbonne-Universités dans le cadre des appels à projet IDEX qui doit être réalisé d’ici le 30 juin 2018. Au regard de l’ampleur de l’entreprise, on considère qu’il s’agit d’une expérience destinée à être élargie et poursuivie durablement durant le contrat 2019-2023, au gré d’une collaboration soutenue.

PHILAT est l’acronyme d’un projet « Lexique philosophique de la Latinité », consacré à la fabrique du langage et des concepts philosophiques latins à l’interface de la philosophie et de la littérature dans la Rome antique. Il vise à dresser un lexique des termes et concepts philosophiques latins montrant comment les notions grecques ont été traduites et acclimatées à Rome, non seulement dans les textes proprement philosophiques mais aussi dans l’ensemble de la littérature latine. Le cœur du projet est constitué par un outil informatique en ligne relevant des « humanités numériques », qui permettra à l’utilisateur des recherches dynamiques selon plusieurs plans de lecture et d’indexation (chronologie, école de pensée, formes littéraires, etc). La période de référence sera la latinité dite classique (IIe s. av.-IIe s. apr. J.-C.). L’étude sera néanmoins étendue par certains coups de sonde sur certains termes significatifs jusque dans l’antiquité tardive (IIIe-IVe s.). Le lexique indiquera à la fois les termes latins et grecs (qui devront être accessibles à partir de chacune des deux langues), leur signification ou définition, et les textes de référence, et permettra des renvois aux textes sources lorsque ceux-ci sont accessibles en ligne. Le lexique sera enrichi par une arborescence qui fera apparaître les champs lexicaux, les réseaux de concepts et d’images liés aux notions clés. Le projet se développera à deux niveaux, interactifs : (1) lexique en ligne ; (2) études textuelles en atelier. Des ateliers et des réunions plénières permettront de préparer et d’établir le lexique, mais aussi d’approfondir la réflexion et de prolonger l’outil. De ces études résultera une réflexion approfondie sur les termes du lexique et sur leur insertion dans certains corpus, philosophiques ou littéraires. L’acclimatation de la philosophie à Rome constitue la première tentative de développement de la philosophie dans une culture autre que la culture grecque, tentative qui a été suivie de nombreuses autres. Le projet vise à tester l’hypothèse de la traductibilité du lexique philosophique au travers de sa première tentative historique, celle du passage du grec au latin, et à comprendre comment cette tentative a réussi à créer un nouveau lexique, à initier un mouvement d’acclimatation d’un aspect fondamental de la culture grecque et aussi à comprendre comment cette transposition d’une culture a irrigué la littérature latine et transformé la philosophie grecque.

Le projet, porté par l’UMR 8061 (Centre Léon Robin, Centre de recherches sur la pensée antique) a été préparé conjointement par les responsables des deux unités de recherches de Paris-Sorbonne, l’UMR 8061 et l’EA 4081 (Rome et ses Renaissances). Il réunit des spécialistes de philosophie antique et des spécialistes de la langue et de la littérature latine, en explorant ces deux disciplines. Des spécialistes extérieurs aux laboratoires, français et internationaux, complètent l’équipe des membres du laboratoire.

Un autre projet innovant, émanant d’un membre de l’équipe, Emmanuelle Rosso, a été retenu cette année dans le cadre de ce même appel « Emergence » de Sorbonne Universités, le projet SONAT, qui bénéficie d’un financement spécifique jusqu’en juin 2018. Il vise la reconstitution virtuelle d’un « paysage sonore » spécifique, celui d’un théâtre romain d’époque impériale, grâce à un travail pluridisciplinaire réunissant des spécialistes d’acoustique, de musique, de théâtre et d’architecture antiques, mais aussi de modélisation 3D. Co-dirigé par Emmanuelle Rosso et Alexandre Vincent (Université de Poitiers), ce projet prolonge la collaboration engagée depuis 2014 avec l’Institut des Sciences du Calcul et des Données de l’Université Pierre et Marie Curie et vise une exploration de la réalité sonore du théâtre romain à partir du cas d’Orange ; fondé à la fois sur une étude intégrée du cadre architectural et des propriétés acoustiques et une étude précise des sources antiques (littéraires mais aussi archéologiques), il prévoit la réalisation d’animations 3D proposant des « tableaux sonores » susceptibles d’illustrer les moments forts d’une journée au théâtre.

SÉMINAIRE DE PHILOSOPHIE HELLÉNISTIQUE ET ROMAINE (mensuel, de février à juin) : en partenariat avec le Centre Léon Robin (UMR 8061), l’équipe LIS (Univ. Créteil), le département de philosophie antique de l’Univ. Paris-Ouest.

Accords institutionnels nationaux et internationaux :

  • GIS Humanités : sources et langues de l’Europe et de la Méditerranée et de l’Europe
  • Université de Barcelone (département d’études anciennes) : organisation de colloques bisannuels en partenariat
  • Université Fédérale de Rio de Janeiro (département de philosophie antique) : accord CAPES-COFECUB
  • Réseau thématique international « le phénomène littéraire aux premiers siècles de notre ère »

Colloques et journées d’étude

Journée d’étude « Dignité des Artes », second volet : « Topiques et arguments de la défense des arts », organisée par Alice Lamy, Anne Raffarin et Émilie Séris, le 12 octobre 2019

Colloque « Ars et Commentarius. La grammaire dans le commentaire de Servius à Virgile », organisé par Daniel Vallat (Université Lumière Lyon 2, UMR 5189 HiSoMA, IUF) et Alessandro Garcea (Sorbonne Université, EA 4081 Rome et ses renaissances), du 5 au 7 juin 2019

Programme

Colloque « Serio ludere. D’Alberti à Pontano et d’Érasme à Thomas More », organisé par Hélène Casanova-Robin (Sorbonne Université, EA 4081 Rome et ses renaissances), Francesco Furlan (UMR 8230, Centre Jean Pépin - CNRS, ENS), Pierre Laurens (Institut de France), Hartmut Wulfram (Universität Wien), les 12 et 13 avril 2019

Journée d’étude « Dignité des Artes, premier volet : les grandes figures de l’Humanisme et l’origine de l’inscription des disciplines dans les studia humanitatis », organisée par Alice Lamy, Anne Raffarin et Émilie Séris, le 30 mars 2019

Journée d’étude « La satire de Juvénal et sa postérité », organisée par Hélène Casanova-Robin et Stefano Grazzini le 1er mars 2019

Journée d’étude « La traduction du vocabulaire philosophique grec dans la philosophie et la littérature latines » (2), le 25 juin 2018

Journée d’étude « Entre archétype et épigone : allers et retours en grammaire et rhétorique », organisée par Janyce Desiderio et Alessandro Garcea le 7 juin 2018

Programme

Journée d’étude « Éditer, traduire et commenter Martianus Capella », organisée par Jean-Baptiste Guillaumin et Jean-Frédéric Chevalier (Université de Lorraine), le 15 mai 2018

Journée d’étude « La traduction du vocabulaire philosophique grec dans la philosophie et la littérature latines », le 13 février 2018

Colloque « Ovide 2017 : célébration du bimillénaire de la mort d’Ovide. Le transitoire et l’éphémère : un hapax à l’ère augustéenne ? », organisé par Hélène Casanova-Robin et Gilles Sauron avec la collaboration de Marianne Moser, les 27 et 28 mars 2017

Colloque « La mémoire en pièces : Modalités d’élaboration de la mémoire dans les textes grecs et latins jusqu’à la Renaissance », organisé par Anne Raffarin, 28-30 novembre 2016

 

Séminaires

Gilles Sauron

Séminaire doctoral, le vendredi de 17h30 à 19h30, INHA, galerie Colbert

 

Hélène Casanova-Robin

Mythe et étiologie dans la poésie latine du XVe siècle
Le séminaire a lieu tous les jeudis, de 15h à 17h, à la Maison de la Recherche, rue Serpente (salle D421)

Alessandro Garcea

Littérature latine et histoire des textes
Voir le carnet de recherche du séminaire

François Prost

Écrire la pensée, penser l’écriture : Questions d’éthique et pratiques littéraires dans la prose latine, 1er s. av. — 2e s. ap. J.-C.

Valérie Naas et Anne Raffarin

L’art antique : conception, réception, transmission (époque classique et Renaissance)

Séminaire de philosophie hellénistique et romaine

Organisé par Juliette Dross (EA 4081, Rome et ses renaissances), Jean-Baptiste Gourinat (UMR 8061, Centre Léon Robin), Charlotte Murgier (EA4395, Lettres, Idées, Savoirs), Christelle Veillard (EA373, Institut de Recherches Philosophiques)

Séminaire sur le néo-platonisme latin (en collaboration avec le centre Jean Pépin, UPR 76), 2015

Journée d’étude « Artium scriptores : les classiques de la discipline. Études de l’autorité dans les arts libéraux », le 14 novembre 2014 (en collaboration avec le laboratoire POLEN, Université d’Orléans)

Colloque « Morts héroïques, morts infâmes », les 13 et 14 octobre 2014 (en collaboration avec l’Université de Barcelone)

Journée « Auctoritas de la langue latine », le 14 février 2014 (en collaboration avec le Centre Jean Pépin, UPR 76)

Colloque « Boccace, humaniste latin » (14-16 octobre 2013)

 

Programme de recherche pour 2013-2017

Continuum, ruptures, créations dans la littérature latine : de la Rome classique à la Renaissance — Origine et autorité

Nous avons choisi d’organiser les activités de recherche de l’équipe pour les cinq ans à venir autour du thème « Origine et autorité » qui nous a paru fédérateur, puisqu’il permet de réunir latinistes classiques et néo-latinistes dans une réflexion sur une association de concepts qui a une grande importance, avec des différences intéressantes, dans la Rome classique et à la Renaissance. Il a été souvent souligné que, si dans le monde grec, le thème de l’origine s’est déployé autour d’une réflexion mythique sur la cosmogonie, vite articulée sur des concepts philosophiques, en revanche, à Rome, tout a comme point de départ un événement historique, ou en tout cas perçu comme tel, la fondation de l’Vrbs. Ce n’est évidemment pas un hasard si le calendrier romain est construit Ab urbe condita, maintenant ainsi à travers les siècles cette référence à une origine dont aurait pu penser qu’elle perdrait progressivement de son sens.

Si le concept latin d’origine a un équivalent, pour ainsi dire exact, l’archè grecque, il n’en est pas de même pour l’auctoritas, dont le champ sémantique correspond à l’idée d’accroissement. Être auctor, c’est ajouter quelque chose, c’est, en assumant une responsabilité morale, politique, littéraire, apporter quelque chose de plus. Le meilleur exemple à Rome est celui du Sénat qui n’est ni ce que nous appellerions un organe exécutif, ni une assemblée législative, mais un conseil qui, par son prestige, par le poids de sa parole, confirme et transcende les décisions des magistrats et les votes des assemblées. L’auteur, au sens que nous donnons à ce terme, ne naît qu’au terme d’une très longue évolution, lorsque, à l’intérieur du mot auctor, l’idée de création s’est progressivement substituée à celle de responsabilité. Ainsi s’est produit en français une sorte de clivage entre l’auteur, qui est le créateur, et l’autorité qui est ce qui permet, régule, garantit la création. Il faut, lorsqu’on se trouve devant un texte latin où figure l’un ou l’autre de ces termes, bien avoir dans l’esprit qu’une telle différence n’existe pas.

En quoi les idées d’origine et d’autorité sont-elles liées dans la culture romaine ? On peut résumer cela en disant que l’origine est une source, une dynamique qui pose deux problèmes. Le premier est celui de sa propre origine, car elle ne peut être simplement auto-référentielle. L’origine de Rome renvoie à Troie, ce qui est une manière que l’on dirait spontanément élégante de régler le problème, puisque, Troie ayant disparu, l’origine de l’origine se trouve à la fois affirmée et aussitôt effacée, ou plus exactement intégrée à la dynamique historique née de la fondation de l’Vrbs. En deuxième lieu, il reste à comprendre comment et pourquoi le mouvement déclenché par ce moteur premier qu’est l’origine ne s’éteint pas tout de suite, pourquoi il se prolonge, se ramifie et paraît réactualiser en chacun de ses instants l’énergie qui lui a donné naissance. Pour un Romain, il n’existe pas de mouvement perpétuel. L’histoire, et en tout cas l’histoire de l’Vrbs, est une énergie sans cesse renouvelée, non comme un déchaînement multiforme de forces, mais comme étant constitutive d’un sens qui est celui que lui donne le mos maiorum. Et c’est là précisément qu’intervient l’auctoritas. Les Romains avaient conscience de n’être en rien plus actifs, plus énergiques que les Gaulois, qui pendant si longtemps leur ont infligé une indicible terreur, ou les Parthes, qui, des siècles durant, ont résisté à la conquête. Tous ceux qui à Rome même ont écrit sur le mos maiorum ont souligné que l’auctoritas était son essence même. C’est elle qui permettait une transmission à l’identique, autant que le permettaient les circonstances, et le maintien d’un principe de hiérarchie, le gradus dignitatis, applicable à tous les niveaux de la vie de l’individu comme de la res publica. On comprend ainsi que ce plus qu’apporte l’auctoritas n’est pas une amélioration, mais bien affirmation permanente de l’identité romaine dans son auto-perception.

Dans la Rome antique la dialectique de l’origine et de l’autorité irrigue le politique et la culture tout entière. Qu’il y ait une crise de l’autorité et aussitôt on se réfère à l’origine. Que le récit de l’origine soit mis en question, par exemple dans la contestation de la religion de la cité et aussitôt l’autorité se manifeste, de manière plus ou moins vigoureuse. Lorsque, en 155 av. J.C. les trois philosophes, venus d’Athènes pour défendre leur cité compromise dans une agression à l’égard de la ville d’Orope, cherchèrent à ébranler les certitudes romaines, notamment en matière de droit, Caton fit en sorte que le Sénat décidât au plus vite de leur départ, et l’on pourrait multiplier les exemples.

La question est reprise par les Humanistes qui recourent à l’auctoritas antique pour édifier leurs propres mores, soulevant de nombreux débats et divergences, en raison d’un contexte culturel considérablement différent. La réflexion sur la langue latine, sur l’histoire antique, sur les codes littéraires et politiques devient alors prépondérante et elle mérite d’être examinée dans ses aspects les plus variés. Le dialogue entre antiquisants, médio et néo-latinistes, spécialistes de littérature, de philosophie, d’art et d’histoire trouve une légitimité indéniable. L’autorité des textes antiques lus scrupuleusement, traduits du grec aussi désormais, prend le pas, dès le Quattrocento, sur les commentaires scolastiques dont ils étaient entourés jusque-là. Le débat autour de la figure de César est révélateur de la place conférée à l’exemplarité des anciens Romains, de même que celle d’Alexandre devenue emblématique d’un pouvoir guidé par la passion. Pétrarque, Salutati, Bruni, dès le XIVe puis au début du XVe, mais aussi les poètes du XVe, impliqués au premier chef dans une réflexion sur le pouvoir politique et sur sa légitimation, puisent chez les auteurs antiques, leurs références culturelles : réflexion sur la gloire (Africa de Pétrarque, mais aussi dans les œuvres en prose, SecretumDe remediis utriusque fortunae…), sur la caractérisation du tyran (De tyranno), s’appuient sur les textes cicéroniens, sur les écrits de Tite-Live, de Sénèque, en plus d’Augustin et d’Ambroise, et progressivement – au fur et à mesure de leur redécouverte, de Xénophon et de Plutarque. La réflexion conduite par les penseurs médiévaux (Jean de Salisbury par exemple) se trouve ainsi renouvelée par un ancrage massivement implanté dans la littérature latine classique. Pouvoir politique et pouvoir divin sont alors considérés dans la relation de tension qu’ils entretiennent, la réflexion stoïcienne sur la fortune et la providence entrant au cœur des préoccupations des Humanistes.

Les poètes, qui sont bien souvent aussi des hommes d’État et des philosophes, usent de genres différents pour exposer également dans leurs vers bucoliques, dans leurs épigrammes ou dans l’élégie, tant prisée, le questionnement sur l’origine : origine d’une société, d’un pouvoir, d’une culture, dont on mesure les enjeux dans les écrits antiques et que l’on entend à nouveau formuler, conceptualiser, parce que l’on a conscience de la potentialité éminemment fondatrice des concepts antiques, nés dans une époque où il s’agissait précisément de nommer les premiers temps de l’existence d’un peuple. Le genre bucolique a été considéré par les lecteurs de Virgile à travers les siècles comme le langage de l’origine, au moins tout autant que l’épopée : dire l’origine requiert que l’on emprunte les voix de Silène, de Pan, des premiers hommes, décrits semblables à ce premier état sociétal que présente Lucrèce. La redécouverte de Lucrèce (1417), alliée à la lecture assidue de Virgile désormais moins subordonnée à la pensée chrétienne, favorise grandement l’utilisation du langage bucolique pour dire la construction de la cité florentine sous l’égide d’un Cosme de Médicis associé à Pan, doté d’une parole oraculaire et présenté comme l’incarnation d’un souverain doté des vertus cardinales. Pan, mais aussi Orphée, figures instauratrices de l’ordre, de la loi, dans un monde primitif et chaotique, dans une harmonie avec la nature fournissent autant d’archétypes pour légitimer le pouvoir poétique, à Ferrare, à Florence ou à Naples. Plus largement, le vers poétique, parce qu’il exprime précisément une douceur encadrée, image de praotès, constitue le langage le plus approprié pour signifier l’exigence d’une humanitas au sens cicéronien, que l’on entend construire, dans un monde tiraillé par les conflits militaires et religieux. Enfin le mythe, langage par essence de l’origine, d’un monde encore en gestation, permet, outre la sublimation d’une fondation en la reliant à des archétypes fameux, mais aussi de révéler les arcanes d’un cosmos dont on entend restaurer les lignes, au gré de conceptions philosophiques, religieuses nouvelles.

L’invention poétique chez les Humanistes fera l’objet également d’études particulières qui conduiront à s’interroger sur les recherches esthétiques et les fonctions philosophiques et éthiques de la poésie, à travers création de mythe, dans une réécriture de l’antique adaptée à l’idéologie contemporaine et visant à l’élaboration de projets politiques fondateurs.

En partant de la problématique ainsi définie, et en tenant compte des spécificités et des possibilités de notre équipe, différents points seront examinés avec une attention particulière :

I) Le mythe : langage de l’origine, imaginaire de l’autorité ?

  • Représenter l’origine
  • De l’allégorie morale au mythe fondateur. Les représentations picturales des mythes de fondation et notamment du personnage d’Enée
  • La qualification de l’espace : lieu d’origine, lieu de mémoire, pour une refondation
  • Mythe fondateur et poésie : parole et musique : l’enchantement de l’autorité (autorité mise en chant…) Orphée, Pan et quelques autres (construction de la cité)

II) Le mos maiorum, paradigme de l’articulation entre origine et auctoritas

  • les temporalités du pouvoir : temps linéaire et temps cyclique
  • le conflit des autorités : mémoire sénatoriale, mémoire "populaire"
  • histoire et exemplarité, ou comment l’Antiquité utilisatrice d’exemples devient elle-même exemple, dans le domaine de la littérature comme dans celui de l’histoire de l’art
  • volonté vs processus de décadence : de la fierté des origines à la hantise de la fin

III) Philosophie et rhétorique

  • La question de l’origine et de la pluralité des langues
  • l’invention du concept de mensonge : mensonge et vérité autour des Academica de Cicéron et du De mendacio de Saint Augustin
  • Le langage comme armature de l’autorité
  • Autorité morale et mensonge : un mal nécessaire ?
  • Autorités philosophiques, politiques, théologiques : les mutations du concept d’autorité entre paganisme et christianisme
  • Constitution et structure du champ du savoir : la question de l’encyclopédisme

IV) De l’auctor à l’auteur

  • le passage de l’auctor comme responsable à l’auteur comme créateur, littéraire philosophique ou artistique : quelle continuité ?
  • de l’auteur–origine au commentateur-autorité : quelle circularité ?
  • choix de langue = choix d’autorité

V) Le conflit des autorités

  • unicité et pluralité des autorités, l’auctoritas entre symbiose et conflit.
  • la confrontation entre mos maiorum (loi de Rome) et la Loi de Dieu
  • le conflit autour de l’autorité des poètes au Quattrocento (interprétation du texte, question du delectare docerepoeta theologus) : entre philologues et philosophes
  • la revendication de prééminence de certains courants philosophiques que l’on pourrait considérer tout au début du XVe siècle : les platonismes, les aristotélismes et les conflits entre les diverses traditions.

VI) Réflexion autour de la question de la norme dans ses aspects idéologiques

  • quelles modalités de transfert de la norme : en marge du pouvoir ?
  • quels types de texte ? conflit ou symbiose avec les productions vernaculaires ?
  • quels textes diffuser ? selon quels critères ?

 

En fonction de ces considérations, nous avons projeté d’organiser un certain nombre de tables rondes et de séminaires :

I) Organisation tout au long des années 2013-14 d’une série de séminaires sur le thème : La constitution de paradigmes et leur évolution. Il s’agira d’étudier le débat autour des grandes figures auctoriales et les enjeux qui leur sont attachés, à partir des textes fournis par Cicéron, Tite-Live, Sénèque ou Virgile et leur lecture dans l’antiquité tardo-antique, au Moyen Âge et chez les Humanistes. La lecture diachronique permettra de rendre compte des variations ou des constantes de la réception de ces auteurs et de poser les jalons majeurs qui en ont été les médiateurs. Nous nous interrogerons aussi avec G. Sauron et son Centre sur le concept de paradigme dans l’histoire de l’art antique.

II) Organisation en 2015-16 de tables rondes et de séminaires sur le thème : Langages de l’origine, langages divins, énigmes, mystères, thème extrêmement fécond, en particulier dans la perspective d’un rapprochement entre la Rome antique et la Renaissance, les études sur cette question étant encore relativement peu nombreuses. La fonction de l’ésotérisme dans le domaine de l’art sera l’un des centres d’intérêt de ce travail.

III) Organisation en 2016 d’une table ronde sur le thème : Les normes linguistiques et poétiques qui ouvrira sur la question de la sélection des critères, sur le choix de certains traités antiques au détriment d’autres. L’étude se fera par le biais de traduction et d’étude de commentaires latins de textes poétiques antiques, grâce à une mise en regard avec les traités théoriques et poétiques antiques, médiévaux et humanistiques. On s’intéressera précisément à l’herméneutique des textes ainsi qu’à la conception herméneutique de la poésie.

L’invention poétique chez les Humanistes fera l’objet également d’études particulières qui conduiront à s’interroger sur les recherches esthétiques et les fonctions philosophiques et éthiques de la poésie, à travers création de mythe, dans une réécriture de l’antique adaptée à l’idéologie contemporaine et visant à l’élaboration de projets politiques fondateurs.

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